Politique

Anne Méaux : la Fée communication

Soyons sincères, nous, professionnels de la communication, avons les yeux de Chimène pour celle à qui François Fillon doit une bonne partie de sa victoire. Anne Méaux a démontré une fois encore, et s’il en était besoin, sa capacité à transformer du plomb en or.

Soyons sincères, nous, professionnels de la communication, avons les yeux de Chimène pour celle à qui François Fillon doit une bonne partie de sa victoire. Anne Méaux a démontré une fois encore, et s’il en était besoin, sa capacité à transformer du plomb en or.

Souvenons-nous ! Au début du printemps, le candidat Fillon aux Primaires était plombé aux alentours de 10% d’intentions de vote. La condescendance de ses concurrents était de mise. En mars, un meeting à Boulogne-Billancourt sur le thème de la Sécurité peinait à susciter une couverture de presse consistante. L’homme de la Sarthe n’intéressait personne ou presque. La patronne de l’agence Image 7, « la Fée communication », d’habitude au service des entreprises du CAC 40 et des capitaines d’industrie, était alors appelée à la rescousse.

La « remontada »

La maestria d’Anne Méaux se mettait en marche. Même si elle refuse le terme de « magie », il faut néanmoins reconnaître que grâce à sa mystérieuse baguette, François Fillon entamait sa remontée passant, en huit mois, de 10% à plus de 44%. En football, cela s’appelle une « remontada ». Et elles sont rares.

Les mauvais coucheurs auront beau rappeler que la jeune Méaux a fréquenté les mouvements d’extrême droite du GUD (Groupe Union Défense) à Ordre Nouveau en passant par le Partie des Forces Nouvelles. Elle, préfère parler d’engagement libéral et anticommuniste, de « fougue de la jeunesse », et récuse la moindre accointance avec « la pensée antisémite ou raciste ». Mais les jaloux, ne lâcheront pas l’affaire, et suggéreront sa part de responsabilité dans la défaite de Valéry Giscard d’Estaing en 1981, elle était alors au Service de Presse de l’Elysée. Faute d’arguments d’autres tenteront de souligner sa cécité volontaire face aux dérives du régime Ben Ali dont elle avait en charge la gestion de l’image. Rien n’y fera, le talent prendra toujours le dessus. Laissons de côté ces arguties et revenons à l’essentiel.

« Foncez !  »

On prête à la présidente d’Image 7 la célèbre formule utilisée par le « Ressuscité de Sablé » : « nous allons casser la baraque ». Et effectivement à l’issue des Primaires la baraque n’en menait pas large. Et celle, un peu anachronique, lorsque l’on se rapporte quelques mois auparavant, mais ça c’était avant, de « Foncez ! ». Quoique lorsque l’on connaît la passion de l’homme pour le sport automobile, on ne devrait pas être étonné sauf qu’ici l’on hors du baquet.

Happy face !

Une chose est évidente, François Fillon a pris de l’épaisseur et a affirmé une posture de présidentiable au cours des trois débats l’opposant à ses rivaux. Il a fait la différence en mariant modernité et tradition, en remettant la politique au centre de son discours.  Miracle, un sourire venait même régulièrement s’afficher sur son visage. Identifié jusque-là à une sorte de « Buster Keaton de la politique », il était en train de muer. Au point même, lors du JT de 20h de France 2 du 28 novembre, d’aborder, étrangement,  avec un sourire tout en retenue des sujets ne semblant pas tout à fait s’y prêter. Si, si ! Les thèmes se suivent et les sourires se succèdent. « Redressement du pays », Sourire. « Dépenses de l’Etat », Sourire. « Remettre le pays débout », Sourire. « J’ai été ministre des affaires sociales », Sourire. « Lien avec Bayrou », Sourire. « Sondages », Sourire. « Hostilité de la Gauches », Sourire. Autant dire que l’homme est joyeux. Un peu trop peut-être.  L’effet de la victoire, certainement. Quelques réglages semblent encore nécessaires. Pour sûr que l’intensité des zygomatiques sera ajustée au millimètre lors de prochaines apparitions

Souple sur la forme, ferme sur le fond

Durant ces derniers mois, il comprit, et Anne Méaux en est certainement pour quelque chose – on ne prête qu’aux riches –  que la forme, c’était aussi du fond. Pour le dire comme Victor Hugo : « la forme, c’est du fond qui remonte à la surface ».  Ainsi des idées socialement radicales, selon une partie des observateurs, passaient beaucoup mieux lorsque cette fameuse forme était tout en délié, en souplesse et en sérénité. En clair, ce n’était pas la peine d’en rajouter et d’aller braconner sur les formes oratoires et gesticulatoires d’un Sarkozy, d’un Mélenchon ou d’une Le Pen pour gagner en efficacité. Ce doit être une règle, pour nous les jouvenceaux de la communication, à asséner sans relâche à nos patrons : être ferme sur les principes et affable sur les modalités d’expression.  Fillon donne l’exemple de la compatibilité entre une main de fer et un gant de tweed.

Il ne lui restait plus qu’à scander un discours charpenté autour de convictions et de formules ciselées du type « Il n’y a pas de victoire sans victoire idéologique » ou « La meilleure protection sociale, c’est l’emploi » ou encore de se risquer avec succès, à quelques anaphores sur les contradictions du modèle social français. Si l’élève est studieux et apprend vite, il reste quelques axes de progression comme le souligne avec beaucoup de pertinence, le spécialiste du discours politique, Christophe de Voogd : « ces perpétuels balancement où la deuxième partie de la phrase vient systématiquement atténuer la première : « réformer mais sans brutalité », « la diversité est une richesse à condition que nous ne nous enfermions  pas dans le communautarisme ». La conséquence sur la crédibilité de l’orateur est immédiate : que veut-il vraiment faire ? Et va-t-il vraiment le faire ? »

Le bonheur de ne pas tenir une promesse

Sur sa relation avec les média, il avouera qu’il aura « mis vingt ans à apprendre à ne pas répondre aux questions des journalistes ». Un basique de la communication politique et de la communication corporate des entreprises. Et pourtant la rencontre lors de cette campagne avec Mme Méaux aurait pu ne pas avoir lieu.

Il y a quelques années, dans les colonnes de CB News, Anne Méaux avait promis de ne plus toucher à la politique : « Si j’ai fait de la politique par passion, je l’ai quittée par volonté de bonheur et de liberté […] Mon goût pour la liberté s’accommode difficilement des certaines règles du jeu politique » et plus récemment dans le magazine américain « Inc. » où elle expliquait : « I didn’t want to continue in politics for the sake of my own happiness ».

Fort heureusement la « Dame de la communication » n’a pas tenu sa promesse et a renoué avec ses premiers amours, peut-être ses vieux démons. Il y en a qui doivent être sur leurs gardes pour les mois à venir, ses rivaux mais non moins confrères de la com’ au rang desquels les Fouks, Calzaroni, Hommel et dans un registre un peu plus trouble les Khiroun et Djouhri. Ils pourront, et nous avec, méditer une assertion de la « Sainte patronne des communicateurs » : « Une bonne communication ne sauvera jamais une mauvaise stratégie. Mais une mauvaise com’ peut plomber une bonne stratégie ».

Enfin, elle dit d’elle-même : « Je suis une personne à maturité lente ». Nous attendons la suite avec une certaine gourmandise. Ça promet. Nous serons tout ouïe, les yeux écarquillés sur les faits et geste de la « Virtuose de la communication » et de son champion. Chapeau bas Madame!

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